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- Soit, au cours de voyages séculaires, à bord de "vaisseaux-monde", dans lesquels des
milliers de volontaires embarqués verraient leurs générations se renouveler. Il faut
garder à l'esprit que ces engins seront dans l'impossibilité de regagner un jour la Terre,
du moins le supposons-nous, ce qui conférera - de facto - au gouvernement de bord une
autonomie politique et une liberté de décision, indépendantes des ordres et des
programmes établis avant le départ de la Terre (cf annexe 4 : "la colonisation de
l'espace").
- Soit, en quelques mois ou années - selon des concepts scientifiques et des techniques
totalement révolutionnaires qui restent à imaginer - à l'aide d'appareils ou de sondes,
pilotés par des équipages classiques ou par des androïdes bioniques, qui suivraient les
instructions reçues d'une station mère ou de la Terre.
Au cours de ces explorations, nous pourrions découvrir un ou plusieurs astres peuplés
d'êtres évolués plus ou moins proches de nous, "humains", humanoïdes, ou créatures
plus étranges. Ils auraient créé des civilisations comparables ou plus avancées que la
nôtre actuelle, ou ne seraient dotés que d'aptitudes rudimentaires à la civilisation, à
moins qu'ils ne soient encore demeurés qu'au stade de la survie élémentaire.
(Nota Bene: dans ce chapitre, les numéros entre parenthèses renvoient à 14
bibliographie, pp. 87 à 89)
13.1 Première phase : observation à distance
Il parait raisonnable de penser que nos explorateurs terriens auront reçu pour mission
d'observer pacifiquement ces mondes et/ou de conquérir, purement et simplement, ces
nouveaux territoires pour y faire souche (cf infra 13.4). L'état d'avancement des
populations locales dictera vraisemblablement le mode, la nature et la durée de ces
observations dont les préliminaires seront, bien entendu, d'analyser:
les êtres vivants, leurs manières de penser et de vivre, leurs langages, leurs religions et
croyances, leurs arts, sciences, techniques et armements, leurs institutions politiques,
leurs organisations sociales et leurs Histoires en général,
- les milieux dans lesquels vivent ces populations, les animaux, les végétaux, les
mineraux, etc.
Cette première phase, excluant tout contact physique ou matériel, serait celle de
l'observation scientifique de laboratoire in vivo: écoutes électroniques, télédétections,
enregistrements, décryptages des langages, analyses, évaluations, etc. Il importe de
souligner que cette période pourrait durer un an, dix ans, un siècle, mille ans pourquoi
pas. En effet, quelle plus belle expérience scientifique - lato sensu - que celle de
disposer de populations, plus ou moins civilisées, stagnantes ou en évolution, en paix ou
en guerre, organisées de cent manières différentes, dotées sans doute de langues
étrangères les unes aux autres, considérant chacune à sa façon l'organisation de leurs
cités terrestres et célestes. En un mot, nous serions dans la situation de nous observer
nous-mêmes
13.2 Seconde phase : prélèvements in situ et apparitions furtives
L'interprétation des données recueillies ne pourra être complète que lorsque sera
franchie une seconde phase, au cours de laquelle des prélèvements et des analyses
d'éléments minéraux, végétaux, animaux et même peut-être d'êtres évolués, seraient
effectués. Dès lors, se posera la question des types de contacts qu'il conviendrait
d'établir et des implications politiques, psychologiques et religieuses qui pourraient en
résulter pour les populations locales : contacts furtifs et masqués, visibles et manifestes,
continus ou intermittents. Si le mode opératoire furtif et masqué était retenu en premier
lieu, il ne pourrait - du moins en l'état actuel de nos techniques - passer, malgré tout,
totalement ina erçu des populations indigènes. Il est loisible d'estimer que les impacts
psychologiques et religieux pourront varier suivant les différents types d'organisations
politiques et les niveaux de développement moral et scientifique rencontrés sur un
même monde.
13.2.1 Impacts sur les civilisations de l'ère préindustrielle
Des individus ou des foules, appartenant à des civilisations de l'ère préindustrielle,
pourraient remarquer le passage et/ou l'atterrissage de nos navettes ou de nos engins
téléguidés. Ils pourraient collectivement les considérer comme autant de phénomènes
naturels, divins, extraordinaires, merveilleux, aberrants ou diaboliques (fresques du
monastère yougoslave de Detchani, sphères de Nuremberg et de Bâle en 1561 et 1566 -
cf annexe 6). En outre, les mémoires collectives de ces peuples et leur imaginaire en
général pourraient être, plus ou moins fortement, marqués par de telles manifestations si
elles s'accompagnaient, en particulier, de la vision de nos cosmonautes, revêtus ou non
de leurs combinaisons ou de leurs scaphandres, ou de robots, d'androides ou d'artefacts
que nous aurions jugés à propos de débarquer ou de représenter. De telles apparitions, si
les autorités locales révélaient et certifiaient publiquement leur réalité, auraient, n'en
doutons pas, un impact créateur de nature à modifier pour quelque temps les
conceptions politiques et religieuses indigènes.
13.2.1.1 Impacts sur les religions locales
Les ordres terrestres et célestes étant étroitement imbriqués dans les mentalités, les
apparitions de nos navettes spatiales ou d'engins téléguidés et, qui plus est, celles
d'astronautes ou de robots bioniques, seront de nature à impressionner durablement les
esprits, à infléchir les religions, à en inspirer de nouvelles ou à être à l'origine de mythes
fondateurs. Viennent à l'esprit les machines volantes que décrit longuement Ezéchiel
(1), la guerre aérienne du Ramayana, l'épopée de Gilgamesh (2), les Elolim de la
Genèse (3) et les Veilleurs du ciel, se mêlant aux filles des hommes et engendrant des
géants, dont parle aussi Hénoch (4), et, plus généralement, les Immortels, les Fils ou les
Rois du ciel de l'Orient et de la Chine (5), le Japon "Terre des Dieux" (6), les
Viracochas d'Amérique du Sud, les Incas ou encore les grands dieux de l'Egypte
ancienne, les Dieux, les Titans, les Géants, les procréés des Dieux et les Héros de
l'Antiquité occidentale et orientale (7), etc.
Le merveilleux et les phénomènes extraordinaires participaient autrefois de l'ordre
naturel des choses. Les religions fondées sur l'existence d'un Dieu ou d'un ordre
créateur, seraient-elles, pour autant, ébranlées par de telles apparitions ? Rien n'est
moins sûr. Passés le choc, l'effroi et la curiosité, une appréciation nouvelle de l'ordre
cosmique pourrait se substituer aux anciennes conceptions religieuses, sans pour autant
détruire le principe divin lui-même. A tout le moins, ces conceptions religieuses
pourraient être infléchies ou même sublimées. Dieu ne circule pas dans un engin spatial.
Les grandes religions terriennes ne réprouvent pas, du reste, l'idée de l'existence d'autres
mondes habités dans l'Univers. Faut-il rappeler que certaines mémoires collectives
connaissent des aberrations, malgré les preuves tangibles ultérieurement fournies aux
catéchumènes ? (culte de l'avion-cargo aux Nouvelles-Hébrides) (8). L'expédition
militaire et scientifique de Bonaparte en Egypte n'a laissé aucune trace dans les annales
locales, qui n)ont retenu qu) une interruption du pèlerinage à la Mecque (9). Plus près
de nous, nombre de personnes n'ont pas cru que des hommes avaient marché sur la
Lune, considérant qu'il s'agissait d'une opération publicitaire ou de désinformation. Il
serait à propos, toutefois, de nuancer cet impact, dans la mesure où toutes les
civilisations antiques ont conçu des panthéons, dont les dieux étaient associés aux
manifestations terrifiantes de la mer, du vent, des volcans, des tremblements de terre ou
de la foudre. Il est, dès lors, difficile de dire s'ils étaient les avatars d'influences
extraterrestres ou procédaient, plus simplement, de l'invention de mythologies
explicatives du monde.
13.2.1.2 Impacts politiques
Les impacts politiques, quant à eux, devraient être beaucoup plus éphémères, du moins
en apparence. En effet, passés les moments de stupeur, l'organisation politique des Etats
ne paraît pas devoir être affectée durablement, les contingences reprenant vite le dessus.
Toutefois, tel monarque ou chef d'Etat pourrait se proclamer l'interprète exclusif et
privilégié de ces manifestations extraordinaires. Ne serait-il pas tenté de se consacrer
dieu-roi ou roi-dieu, aux yeux de ses sujets ?
Sans que l'on puisse, une fois de plus, distinguer ce qui relève de la naturelle et
spontanée recherche de la légitimité du pouvoir, de ce qui pourrait n'être effectivement
que le résultat d'une captation privilégiée, force est de constater que l'Histoire abonde en
dieux-roi ou rois-dieux (pharaons, rois assyriens, rois épiphanes hellénistiques,
empereurs romains, chinois ou japonais, fils du Soleil d'Amérique centrale ou du Sud,
etc.).
13.2.2 Impacts sur des civilisations de 1"ère industrielle
Les civilisations de l'ère industrielle sont plus sceptiques qu'autrefois et conçoivent avec
moins d'aisance ce qui ne relève pas de l'immédiat explicable ou du simplement
mesurable. Toutefois, il est certain que les populations, telles les nôtres aujourd'hui,
seraient profondément marquées si la preuve irréfutable de l'existence d'extraterrestres
était apportée. Cette question est au coeur de notre rapport.
13.3 Troisième phase : influences sur les civilisations locales
La troisième phase serait celle des influences que nous trouverions à propos d'exercer
sur le milieu et les civilisations rencontrées en vue de les faire évoluer à notre façon.
Les avantages et les risques devront, cela va de soi, être soigneusement etudiés.
13-3.1 Influences sur des civilisations de l'ère préindustrielle
Nous pourrions estimer nécessaire, dans certains cas, d'influer de façon précise sur le
milieu et de façon subtile sur l'évolution des civilisations locales. Il pourrait nous
apparaître, au terme de nos observations et de nos analyses, nécessaire d'apporter, par
touches, des modifications au milieu naturel et à l'écosystème, en pratiquant, par
exemple, des ensemencements ou des implantations de végétaux et d'organismes
sélectionnés qui feraient défaut.
De même, le cours des civilisations indigènes pourrait être progressivement modifié en
influant, à distance ou directement, sur les qualités ou les défauts d'individus choisis, en
accentuant leurs dispositions intellectuelles, morales et leurs connaissances scientifiques
ou en provoquant des mutations génétiques, par différents procédés à inventer. Il
s'agirait, en l'occurrence, de tenir le rôle que ces populations auraient volontiers dévolu
à des dieux, lesquels, par l'apport de textes sacrés, infléchiraient, par exemple, leur sens
moral, leur religiosité et, peut-être, leurs lois et leurs institutions politiques. L'utilisation
d'éléments propres a terrifier et à impressionner pourrait être, dans certains cas,
appropriée. Et rien n'interdirait, toute révérence gardée, de songer à différents épisodes
de l'Ancien Testament, aux conditions dans lesquelles furent instituées les lois de
Manou (1 0) ou encore donné le Coran. Les influences renvoient à un certain nombre
d'énigmes de l'Histoire, dont, peut-être, l'apparition concomitante des grandes
civilisations de l'Indus, de la Mésopotamie et de l'Egypte (villes, architecture, écriture,
calendrier, astronomie, etc.). Elles font également penser à l'extraordinaire carte de
lAntarctique, dessinée quasi libre de glaces, par le français Oronte Finé, en 153 1, près
de trois siècles avant la découverte de ce continent en 1820 (1 1).
13-3.2 Influenoes sur des civilisations de 1"ère industrielle
La nature de ces influences variera selon le type des civilisations, leur développement
technologique et leur accoutumance psychologique ou non à l'existence de civilisations
extraterrestres. Il conviendrait, au préalable, d'acclimater dans l'esprit de ces
populations l'idée de l'existence probable de civilisations extraterrestres (romans de
science-fiction, films, bandes dessinées, jeux vidéo, publicités, climat psychologique
favorable, sectes idoines pourquoi pas, etc.).
Des connaissances technologiques nouvelles et essentielles pourraient être apportées par
différentes voies ou à la faveur d'accidents fortuits ou provoqués d'un de nos engins
spatiaux. L'affaire contemporaine de Roswell vient, dès lors, a l'esprit. Encore faudraitil,
pour qu'elle soit pleinement retenue (ou écartée), que le gouvernement américain
veuille bien montrer, communiquer et laisser analyser, sans ambages, tous les éléments
qtiil a réellement recueillis à cette occasion.
13.4 Quatrieme phase : contacts directs
Une quatrième phase sera celle de l'établissement de contacts directs avec des indigènes
ou des populations entières, en recourant ou non à une avant-garde de robots bioniques.
Une fois encore, les buts recherchés devront être déterminés avec précision. L'intérêt et
l'utilité véritable d'établir de tels contacts devront être pesés avec soin pour en supputer
les risques et les conséquences. Un programme précis pourrait les planifier. Toutefois,
un accident technique grave, affectant l'un de nos engins spatiaux, pourrait être l'amorce
d'un contact officieux, d'une nécessaire implantation ou d'une colonisation, ou encore, si
nécessaire, d'une opération d'information-désinformation. Il convient d'envisager,
également, la sédition de certains de nos équipages, qu'il faudrait débarquer ou qui
décideraient d'autorité de vivre sur l'un des mondes découverts et, à la limite, de se
mêler aux populations indigènes, allant à l'encontre des ordres reçus, bon gré mal gré,
de non intervention et de non-immixtion dans les affaires locales. Ces contacts
supposent que les mondes découverts soient peuplés d'êtres humains ou d'hominidés
dont la complexion serait identique ou proche de la nôtre. Mais dans l'hypothèse de
contacts et d'implantations planifiés de longue durée de membres de nos équipages,
faudra-t-il, par prophylaxie, prohiber les mélanges, en leur posant un interdit majeur (1
2) ou, au contraire, les tolérer et même les encourager ? Tout en gardant à l'esprit que
des contacts directs et prolonges, conduiraient inéluctablement les populations
indigènes à considérer, infine, que nous ne sommes pas tellement différents d'elles. Il
serait, toutefois, prudent d'envoyer au préalable des androïdes télécommandés pour
apprécier les réactions que susciterait une telle intrusion ou d'en acclimater l'idée par
des apparitions furtives et épisodiques.
Qu'adviendrait-il si nous rencontrions des populations composées d'êtres difformes ou
monstrueux à nos yeux ? L'effet optique sera certainement saisissant et un sujet de
choix pour leurs médias et les nôtres, mais les types de contact seront, dès lors,
différents, du moins peut-on le supposer.
13.4.1 Contacts directs avec des civilisations de l'ère préindustrielle
Il est certain que de tels contacts feront immédiatement imaginer aux populations
locales quelles sont en présence de dieux. Des rapprochements historiques viennent
naturellement a l'esprit: l'arrivée des Espagnols en armure et à cheval en Amérique
centrale, ou, plus généralement, celle des Européens lors de la découverte et de
l'exploration du globe. L'impact sur des populations, qui n'avaient jamais vu de
chevaux, d'armures brillant au soleil, d'hommes blancs, blonds ou roux en particulier, a
dû être fortement ressenti. Cependant, le choc de ces apparitions sera vite atténué, avec
la multiplication des relations, qui plus est si nos équipages venaient à prendre une
place éminente dans les ordres politique et militaire locaux. Cela renvoie, bien sûr, aux
différentes épopées de la découverte du monde, à la colonisation européenne et aussi à
la fin des empires occidentaux.
13.4.2 Contacts directs avec des civilisations de l'ère industrielle
Viendrait le jour où nous estimerions que ces civilisations, conduites progressivement
par nos soins à notre échelle, seraient à même de participer à notre monde. Le terrain
préalablement prépare, les contacts pourraient, par exemple, être établis discrètement
avec des individus sélectionnés ou au plus haut niveau des Etats, ou de certains d'entre
eux, et demeurer si possible secrets. Les indiscrétions n'étant pas à exclure, les
dirigeants choisis devront alors mener des opérations d'information, de désinformation
et de contre-information, pour conserver un caractère privilégié à ces relations et, qui
sait, bénéficier, de notre part, d'informations scientifiques, techniques et politiques
inédites, leur donnant le pas sur leurs rivaux. La sélection des Etats, des gouvernants,
des personnalités ou de simples individus sera, bien entendu, de première importance.
Avant ou après la mise en place d'un programme d'influence, pourquoi ne pas imaginer
de faire apparaître des robots bioniques d'apparence humaine, ou ressemblant aux êtres
vivants sur place, afin de ne pas risquer la vie de membres de nos expéditions ?
Pourquoi, enfin, ne pas nous présenter nous-mêmes, purement et simplement, au vu et
au su de tous ? Il est aisé d'imaginer le retentissement immense que cela provoquerait
dans toutes les sphères du psychologique, du politique, du militaire, du stratégique, du
religieux, sans parler des médias, des multiples concertations et colloques
internationaux, des séances ininterrompues d'organisations du style de l'Onu, des appels
à "l'unité du monde', à la concertation internationale, à la création de commissions
d'accueil, etc. La rivalité des Etats sera intéressante à observer.
Il va de soi que nos intentions devront être perçues comme pacifiques. Si telle n'était
pas notre politique, il serait de nul besoin, bien entendu, de prendre des précautions
particulières pour ménager les sentiments des populations locales. Dans tous ces cas de
figure, nous devrions rencontrer des idolâtres, des thuriféraires et des herodiens, qui, par
certitude millénariste, crédulité, pragmatisme ou intérêt, nous accueilleront avec
enthousiasme comme des sauveurs, à même de résoudre toutes leurs difficultés et de
leur apporter la paix et la prospérité, de préférence sans avoir beaucoup d'efforts 'a
fournir. Ce seront nos premiers alliés. Des zélotes, sceptiques et repliés sur les
vénérables conceptions séculaires de leur monde bouleversé, mettront en doute ou
nieront notre existence. S'ils venaient à l'admettre, ils nous considéreraient comme
autant d'envahisseurs, dont les intentions seraient perçues comme d'autant plus
suspectes quelles seraient pacifiques. De là à imaginer la création de mouvements de
défense et de résistance à l'envahisseur, il n'y a qu'un pas qu'il est logique de franchir.
L'importance de ces mouvements dépendra, en partie, de notre habileté à les réduire, à
les convaincre, dans l'espoir de nous les attacher.
Mais comment alors éviter le piège des bonnes intentions et des bons sentiments, dont
chacun sait combien l'enfer est pavé ? (13). Faudra-t-il avouer depuis quand datent nos
observations ? Nous reprochera-t-on de ne pas être intervenus pour empêcher tel conflit
mondial, ou nous en imputera-t-on la responsabilité, ou encore, et plus généralement,
nous fera-t-on grief d'avoir modifié le cours des civilisations ? De très fortes et durables
perturbations psychologiques seront à envisager dans ces cas. Seront-ils déçus de ne pas
nous savoir Immortels ? Plus tard, des échanges économiques et technologiques et des
liens financiers devraient s'établir avec ces populations. Sera-t-il de sage politique de
nous occuper des affaires locales ? Et, d'une manière ou d'une autre, pourrons-nous
échapper à la sollicitation de devenir les arbitres des différends politiques, de la paix, de
la guerre et des crises économiques ?
Quoi qu'il en soit, toutes les difficultés non résolues seront, un jour ou l'autre, mises à
notre charge. N'ira-t-on pas jusqu'à nous reprocher les apports de notre civilisation très
évoluée, ou du moins ce que nous pensons être pour eux des bienfaits ? Des
changements d'opinion et d'attitude à notre égard pourront se produire avec le temps.
Des groupes de personnes ne seraient-ils pas tentés un jour de se considérer nos égaux,
à défaut pour nous d'être demeurés inaccessibles. Surgiront, dès lors, des mouvements
revendicatifs et s'enclencheront, sans doute, des cycles révolutionnaires, dont nous
pâtirons ainsi que nos alliés hérodiens. Notre politique globale serait alors compromise
et nous devrions envisager d'espacer les contacts et, à la limite, de nous retirer sur nos
vaisseaux et sur nos bases arrière. Nous disposerions alors du temps nécessaire pour
réviser nos politiques, appuyées sur des techniques encore inconnues de nos
catéchumènes.
La découverte de mondes nouveaux pourrait nous permettre d'entrer en contact avec des
civilisations aussi développées que la nôtre et même bien plus avancées. Rien ne permet
d'exclure, à la limite, que nous rencontrions des explorateurs, venus d'autres mondes
plus lointains. Dans ces hypothèses, il est loisible d'imaginer que nous aurons pu être
repérés les premiers dans l'espace. Ce sera à notre tour de connaître alors - du moins
pour partie - des effets psychologiques et des implications politiques et religieuses que
nous avons décrits. Quelle sera la politique des gouvernants locaux à notre égard ? Nous
accueilleront-ils pacifiquement ou nous tiendront-ils prudemment à distance ? Faudra-til
craindre de nous voir opposer des armes spatiales nucléaires ou autres, contre, par
exemple, les bases que nous aurons tenté d'installer ou réussi a établir dans une
ceinture d'astéroïdes proche de l'un de leurs mondes ?
Quels seront les résultats de telles rencontres ? Quelles relations pourrons-nous établir
et quelles influences exercerons-nous sur ces différents types de civilisations ? Tout est
envisageable. La boucle étant bouclée, nous sommes donc renvoyés à nos
préoccupations et à nos interrogations actuelles.
CHAPITRE 14 Implications médiatiques
Comme il a été souligné précédemment, il peut paraître extravagant que des personnes
sensées, scientifiques de surcroît, s intéressent à des phénomènes inexpliqués, et pour
l'instant encore inexplicables, au risque de paraître ridicules. Mais, comme ce rapport
tente de le démontrer, il existe assez de points d'interrogation sur des traces tangibles,
pour justifier l'intérêt scientifique porté à ces questions. C'est ce qui nous sépare de
l'approche médiatique: la curiosité du chercheur pour la recherche à entreprendre, afin
de résoudre les énigmes proposées à sa sagacité, même si l'état de la science n'est pas
suffisant pour y répondre complètement, s'oppose à la curiosité de la presse pour un
sujet à rebondissements, susceptible de merveilleux scoops dont la rigueur scientifique
n'est généralement pas l'apanage.
il n'est pas question de faire le procès de la presse: son aide est souvent précieuse. Mais
ces événements fugaces reposent pour partie sur des témoignages humains, d'autant plus
fragiles qu'ils proviennent de personnes émues par leur rencontre avec "l'inconnu' et
qu'ils échappent aux repères habituels. La presse a parfois tendance, soit à tourner en
ridicule les faits rapportés, soit à se ridiculiser elle-même par excès d'informations
extrapolées à partir des éléments décrits par les témoins.
14.1 Que peut redouter un gouvernement de la curiosité des médias
- La panique: les médias diffusent des informations terrifiantes susceptibles de semer la
panique dans la population. L'exemple fameux de l'émission de fiction d'Orson Welles,
prise au pied de la lettre par les auditeurs de la radio en 1938, et provoquant une
pagaille énorme dans une région des Etats-Unis, a peut-être conditionné la réaction des
militaires américains face à l'incident de Roswell en 1947. La désinformation fut
habilement conduite puisqu'elle musela les médias pendant 30 ans. La panique, qui
s'accompagne de désordres humains considérables (suicides, fuite sur les routes,
émeutes et saccages ... ), ferait reculer n'importe quel gouvernement pour lequel seule la
paix est un facteur de richesse et de stabilité du pouvoir.
- La méfiance : la crainte de voir des informations exactes, divulguées et reprises avec
une ironie manifeste, est aussi un frein à l'évocation ouverte des questions d'OVNI.
Cette attitude est à la source de la désinformation et de la confusion dans lesquelles
baigne l'opinion publique, à propos de ce qui est vrai ou faux. Elle ne peut qu'être
redoutée par les décideurs.
La crainte du ridicule: si celui-ci ne tue plus depuis longtemps, il est quand même
parfois difficile à surmonter.
La manipulation : les médias peuvent être manipulés par des lobbies ou des groupes de
pression à des fins sectorielles (par exemple, pousser des hommes politiques à créer une
IDS antiOVNI) et pourraient ainsi se faire les porte-parole involontaires d'une
manoeuvre de désinformation ou d'une tentative de déstabilisation.
14.2 Quelles attitudes adoptent les médias ?
- Pour la presse écrite à sensation, tout est bon pour faire vendre. La curiosité du public
est grande et sa demande génère des articles alléchants, souvent fantaisistes. Si elle se
fait le relais de théories incroyables, c'est en revanche grâce à elle que les dernières
révélations sur Roswell, faites par d'anciens témoins, commencent à être connues.
- Pour les grands journaux, l'ironie ou l'agressivité sont, le plus souvent, une manière
d'aborder un sujet tabou que personne ne maîtrise. Mais la presse sait aussi se faire
l'écho de phénomènes extraordinaires lorsque, à l'exemple de San Carlos de Bariloche,
des dizaines de personnes en ont été témoins. Il lui arrive aussi de faire une bonne
présentation du dossier OVNI.
- Pour la télévision et le cinéma, le sujet est à la mode, car il peut être traité sur le thème
de la fiction et là plus rien n'arrête l'imagination des producteurs. Le mode farfelu
adopté par Canal + pour sa "Nuit des extraterrestres' n'incite pas à faire prendre ce sujet
au sérieux. Il faut cependant rendre hommage à quelques émissions sérieuses et bien
documentées, comme celle d'Arte en mars 1996.
14.3 Que faire ?
L'avenir de notre planète se trouve dans l'espace. Que ce soient la surpopulation, l'esprit
d'aventure, la recherche d'autres matières premières, le goût de la conquête et de la
colonisation ou bien d'autres motivations, plus ou moins altruistes, tout pousse à
l'expansion au loin de l'humanité. Serons-nous un jour les extraterrestres d'autres
planètes ? Lorsque nos sondes tourneront autour de mondes, de plus en plus lointains, et
les filmeront, que pourront en penser d'hypothétiques habitants ?
Il faut se préparer à cette perspective, et les médias peuvent aider à la pédagogie des
foules.
Un SEPRA renforcé pourrait utilement consacrer des efforts à la formation des
journalistes et créer un site documentaire sur Internet.
Conclusions et recommandations
Le problème des OVNI ne peut pas être éliminé par de simples traits d'esprit caustiques
et désinvoltes. Depuis la parution du premier rapport de l'Association des anciens
auditeurs de l'IHEDN, il y a 20 ans, le CNES mène des études sérieuses, en
collaboration étroite avec la Gendarmerie nationale et l'armée de l'Air principalement,
ainsi qu'avec d'autres organismes d'Etat (Aviation civile, Météorologie, etc.) ; ces
études recoupent d'autres recherches entreprises, de manière plus ou moins discrète, à
l'étranger, et pour l'essentiel aux Etats-Unis.
Elles démontrent la réalité physique quasi certaine d'objets volants totalement inconnus,
aux performances de vol et au silence remarquables, apparemment mus par des
intelligences. Ces objets volants impressionnent fortement, par leurs manoeuvres, des
pilotes, civils et militaires, qui hésitent à parler. La crainte de paraître ridicule, aliéné,
ou simplement crédule, motive principalement cette réserve. Des engins secrets
d'origine bien terrestre (drônes, avions furtifs ... ) ne peuvent expliquer qu'une minorité
de cas. En prenant suffisamment de recul dans le temps, on perçoit clairement les
limites de cette explication.
Force est donc de recourir à d'autres hypothèses. Certaines ne peuvent être ni
confirmées ni infirmées. Elles ne sont donc pas scientifiques et, certes, il est bien
difficile d'étudier scientifiquement des phénomènes rares, fugitifs et aléatoires, alors
que la science se fonde avant tout sur des expériences et leur répétabilité. Cependant,
l'exemple des météorites montre que ce genre de phénomène peut malgré tout, après des
siècles de doute et de refus, finir par être admis par la communauté scientifique.
Une seule hypothèse rend suffisamment compte des faits et ne fait appel, pour
l'essentiel, qu'à la science d'aujourd'hui ; c'est celle de visiteurs extraterrestres. Emise,
dès 1947, par certains militaires américains, elle est aujourd'hui mondialement
populaire, décriée par une certaine élite, mais plausible. Des scientifiques (astronomes,
physiciens, ingénieurs, prospectivistes ... ) l'ont suffisamment élaborée pour qu'elle
puisse être recevable - en tant qu'hypothèse - par leurs pairs. Différentes variantes
plausibles du voyage d'une ou plusieurs civilisations, depuis un système solaire lointain
vers le nôtre, ont été mises au point. Une modélisation des techniques
magnétohydrodynamiques, qui pourraient être employées pour le déplacement des
OVNI dans l'atmosphère, a été portée à un bon niveau de développement. D'autres
manifestations de ces objets ont reçu un début d'explication physique (pannes de
voiture, faisceaux tronqués, etc.).
Les buts de ces éventuels visiteurs restent inconnus, mais doivent faire l'objet
d'indispensables spéculations et de mises au point de scénarios prospectifs.
L'hypothèse extraterrestre est de loin la meilleure hypothèse scientifique ; elle n'est
certes pas prouvée de façon catégorique, mais il existe en sa faveur de fortes
présomptions, et si elle est exacte, elle est grosse de conséquences.
De ce constat prudent, mais ferme, on peut tirer plusieurs recommandations
1) Informer les décideurs politiques, militaires et administratifs, ainsi que les pilotes
d'avions et d'hélicoptères. Une action progressive d'information pourrait viser:
- des écoles civiles, et leurs anciens élèves : Ecole nationale supérieure de police, Ecole
des officiers de police, écoles de journalisme, Ecole nationale de l'aviation civile. Dans
cette dernière école, de nombreuses conférences ont permis d'enseigner aux contrôleurs
aériens les bonnes réactions en cas de rencontre d'un avion avec un OVNI, - des
organismes soutenant ou entreprenant des recherches à finalité militaire : DGA,
ONERA, CEA/DAM...,
- les services spéciaux civils et militaires, ainsi que la Direction de la communication de
la défense (DICOD, ex-SIRPA central), en attirant leur attention sur les processus de
désinformation.
2) Renforcer les moyens humains et matériels du SEPRA, pour qu'il puisse:
- développer ses possibilités d'enquête et d'analyse, - recueillir les informations relatives
à toutes les manifestations d'OVNI, tant en Europe que dans le monde,
- entretenir et développer des bases de données sur les différents aspects de ces
manifestations,
- renforcer son statut de représentation et de relations extérieures.
3) Faire prendre en compte la détection des OVNI par les systèmes civils et militaires
de surveillance de l'espace, qu'il est nécessaire de développer pour d'autres raisons,
(prévention des collisions
entre satellites et débris spatiaux, etc.).
4) Créer, au plus haut niveau de l'Etat, une cellule en liaison avec le SEPRA, chargée:
- d'élaborer toutes hypothèses prospectives, - de promouvoir des actions scientifiques et
techniques et, à ce titre, disposer d'un budget annuel de quelques millions de francs,
5) Entreprendre auprès des Etats-Unis avec le soutien d'autres Etats, voire de l'Union
européenne des démarches diplomatiques pour inciter la superpuissance à collaborer, et
au besoin exercer les pressions utiles pour élucider cette question capitale, qui ne peut
que s'inscrire dans le cadre des alliances politiques et stratégiques.
6) Si spéculatives que soient ces éventualités, réfléchir, au niveau des pouvoirs publics,
avec l'aide de la cellule mentionnée au 4), aux mesures à prendre en cas de
manifestation spectaculaire et indiscutable d'OVNI:
- tentative ouverte de prise de contact,
- atterrissage devant de nombreux témoins,
- autres actions d'envergure.
Ces réflexions seraient menées de façon méthodique, tout en conservant, cela va de soi,
un minimum de distance.
ANNEXES
ANNEXE 1 La détection radar en France
ANNEXE 2 0bservations des astronomes
ANNEXE 3 La vie dans l'univers
ANNEXE 4 La colonisation de l'espace
ANNEXE 5 L'affaire Roswell - La désinformation
ANNEXE 6 Ancienneté du phénomène OVNI - Eléments d'une chronologie
ANNEXE 7 Réflexions sur divers aspects psychologiques, sociologiques et politiques
du phénomène OVNI
ANNEXE 1 La détection radar en France
La détection radar en France est réalisée au travers de deux réseaux de stations radar,
l'un militaire équipé à la fois de radars primaires et secondaires, l'autre civil équipé en
quasi totalité de radars secondaires. Le radar primaire permet de détecter et de visualiser
sur un écran (ou scope) la position géographique et l'altitude (radar tridimensionnel) de
tous les mobiles par réflexion des ondes radar sur le corps du mobile.
A l'inverse, le radar secondaire ne permet de détecter et de visualiser, sur écran, que les
mobiles équipés d'un "répondeur" capable de répondre aux signaux codés qu'il émet.
Ainsi tout mobile non équipé du cc répondeur" ne pourra pas être détecté par un radar
secondaire.
Cette particularité est extrêmement importante, dans le cas qui nous préoccupe, car
seuls les radars primaires, équipant les Centres de détection et de contrôle (CDC)
militaires et les avions de détection radar, les Awacs de l'armée de l'Air et bientôt les
Hawkeye de la Marine, sont susceptibles de déceler un OVNI, à condition que celui-ci
ne soit pas "furtif".
Il faut savoir enfin que toutes les informations radar détectées par l'ensemble des
stations radar du territoire, les avions de détection aérienne et les stations radar des pays
voisins sont collectées et traitées dans le réseau STRIDA (Système de traitement des
informations de défense aérienne), permettant ainsi d'avoir une couverture de détection
couvrant un carré de plus de 4 500 km de côté.
ANNEXE 2 Observations des astronomes
Par Jean-Claude Ribes
On a souvent opposé aux témoignages sur les OVNI l'argument suivant: les astronomes
qui devraient être aux premières loges, ne relatent pas de telles observations.
Une première réponse est qu'en fait l'astronome professionnel se concentre sur un très
petit champ du ciel, observé à travers un instrument, dans une coupole ; il a donc moins
de chances qu'un "touriste" d'observer un phénomène lumineux relativement rare. Les
astronomes amateurs, qui passent beaucoup plus de temps à regarder le ciel,
généralement en plein air, sont bien mieux placés pour observer un phénomène
inhabituel, sans le confondre avec un objet astronomique ; mais on peut s'attendre de
leur part à une forte réticence à relater une telle observation, par crainte du ridicule, car
les amateurs sont généralement très désireux d'une reconnaissance "professionnelle". En
tout cas, aucune enquête spécifique n'a été menée, à ma connaissance, sur cette
population particulière.
Le résultat de deux études indépendantes, effectuées par des astronomes professionnels
auprès de leurs collègues, est assez différent: Hynek, dans les années 5 0, a interrogé
informellement une quarantaine d'astronomes, dont un peu plus de 1 0 % avaient
effectivement observé des phénomènes inexpliqués. Parmi ces derniers, Josef Allen
Hynek cite le professeur Lincoln La Paz, directeur de l'Institut de météorisme de
l'université du Nouveau-Mexique, et Clyde Tombaugh, le découvreur de la planète
Pluton, décédé en 1997. Dans les années 70 cette fois, Peter A. Sturrock a envoyé un
questionnaire détaillé aux 2 61 1 membres de l'Association astronomique américaine, en
leur garantissant l'anonymat; la moitié a répondu, et on retrouve une soixantaine
d'observations.
Aucune étude systématique de ce genre n'a été menée en France, mais on cite souvent
une observation des astronomes marseillais Georges Courtès et Maurice Viton. Eun de
mes collègues M'a aussi raconté une observation qu'il a faite dans sa jeunesse d'un objet
du diamètre apparent de la Lune (cette dernière étant visible par ailleurs), se déplaçant
lentement dans la direction nord-sud : il n'était pas encore professionnel à l'époque,
mais amateur éclairé, et ne voit aucune explication à son observation, dont il n'a jamais
fait état publiquement.
Il apparaît donc que le pourcentage d'observations par des astronomes est comparable à
celui constaté dans la population globale, même s'il y a une réticence certaine chez une
grande majorité à en faire état sans être certain de l'anonymat. Par ailleurs, l'opinion
générale des astronomes sur le sujet est beaucoup moins négative qu'on ne le dit parfois,
et le moins qu'on puisse dire est qu'il n'y a pas de consensus, beaucoup souhaitant une
étude objective du phénomène, sans idée préconçue. Les conversations privées que j'ai
pu avoir avec des collègues français confirment cette conclusion de Sturrock : beaucoup
refuseraient d'aborder la question avec un journaliste, mais quand je leur parle d'une
étude scientifique sérieuse, ils se déclarent d'accord.
ANNEXE 3 La vie dans l'univers
La question de la vie extraterrestre est sortie, depuis quelques décennies à peine, du
domaine de la croyance pour entrer dans celui de la recherche scientifique, et les
progrès dans ce domaine sont très rapides depuis quelques années. Hormis la Terre, le
Système solaire s'avère impropre actuellement à la vie, mais les sondes "Viking' ont
montré que la planète Mars avait dû offrir, il y a quelque trois milliards et demi
d'années, des conditions beaucoup plus favorables qu'actuellement, avec notamment
l'existence d'eau liquide. Il n'est donc pas exclu qu'une vie élémentaire (bactéries) ait pu
y exister, comme c'était alors le cas sur la Terre ; la recherche de fossiles est du reste
l'une des motivations des futures expéditions martiennes, automatiques d'abord, puis
humaines. La découverte de fossiles dans une météorite originaire de Mars, annoncée
par la NASA, fait encore l'objet d'un débat dans la communauté scientifique; mais
l'existence même de ce débat renforce l'intérêt d'aller voir sur place.
En dehors du Système solaire, les astronomes pensaient, depuis longtemps, que les
étoiles devaient être très généralement entourées de systèmes planétaires, mais c'est
dans les toutes dernières années que l'expérience est venue confirmer cette thèse: on
connait maintenant une demi-douzaine d'étoiles accompagnées d'au moins une planète
chacune. Les biologistes, de leur cote, avancent rapidement dans la compréhension des
mécanismes chimiques qui amènent à la vie, et celle-ci apparaît, de plus en plus, comme
une nécessité plutôt qu'un hasard.
L'expérience des vingt dernières années a montré, de la Sibérie aux fonds océaniques,
que la vie s'accommode fort bien de fortes variations de température ou de températures
extrêmes, là où on la jugeait auparavant impossible.
Depuis 35 ans, les radioastronomes conduisent différents programmes de recherche d'un
signal radio intelligent venu de l'espace (SETI : Search for ExtraTerrestrial
Intelligence). Aucun signal n'a encore été perçu, ce qui n'est pas surprenant au vu de
l'immensité du domaine spatial et fréquentiel à explorer. Un grand programme de la
NASA, annulé par le Congrès américain, a été repris sur fonds privés, et doit améliorer
la sensibilité de la recherche par plusieurs ordres de grandeur. Le radiotélescope
français de Nançay, où plusieurs recherches SETI ont déjà eu lieu, sera peut-être associé
à ce programme.
ANNEXE 4 La colonisation de l'espace
La deuxième moitié du 20e siècle aura été celle de l'exploration du Système solaire:
l'homme sur la Lune, des sondes posées sur Mars et Vénus, d'autres au voisinage
immédiat des autres planètes (sauf Pluton), de comètes et d'astéroïdes. Le 2le siècle
pourrait être celui de la colonisation de notre système, avec des implantations humaines
permanentes et la préparation de voyages vers d'autres systèmes planétaires.
Les prochaines années verront la mise en place de la station orbitale permanente Alpha,
suite internationale du programme russe Mir. Ensuite, les Américains prévoient en
principe d'installer une base permanente sur la Lune, station minimale du type base
antarctique. Pour aller plus loin, il faudra reconstituer un écosystème où l'essentiel des
besoins en matières premières (y compris l'air, l'eau et la nourriture) pourra être extrait
sur place ou recyclé ; en effet, il n'est pas envisageable d'appliquer à grande échelle la
méthode actuelle, où presque tout doit être apporté de la Terre par de coûteuses mises
en orbite.
De tels écosystèmes ont été étudiés par les Russes d'abord (la première expérience date
de 1961) et par les Américains, avec notamment Biosphère 2 : il s'agit d'une serre de 1,3
ha de superficie, prévue pour maintenir en circuit fermé (avec apport d'énergie
extérieure), un ensemble végétal et animal comportant la présence de huit personnes.
Cette expérience, réalisée au départ sur fonds privés, a été injustement critiquée par la
presse et une partie de la communauté scientifique. En fait, malgré certains côtés
"amateurs", elle a déjà apporté beaucoup : au cours d'une première expérience de deux
ans, de 1991 à 1993, quatre hommes et quatre femmes ont vécu en autarcie presque
complète, montrant la validité du principe. Le recyclage de l'eau a été intégral, celui de
l'air imparfait (il a fallu rajouter de l'oxygène après quinze mois d'isolement total), et la
production de nourriture un peu insuffisante (les "biosphériens" sont sortis amaigris tout
en ayant entamé les réserves).
Après une autre expérience de six mois, la structure a été reprise par l'université de
Columbia, qui semble s'intéresser surtout à l'aspect écologique, au détriment de
l'application spatiale. C'est pourtant un descendant de Biosphère 2 qui pourrait
représenter la future base lunaire autonome du milieu du siècle prochain. L'implantation
humaine sur la Lune est d'abord une nécessité scientifique, notamment pour les
astronomes. C'est aussi un tremplin pour l'espace, on peut trouver sur la Lune
pratiquement tous les matériaux nécessaires à la construction de stations et de vaisseaux
spatiaux. Autant de ressources dont l'exploitation sera beaucoup plus économique que
sur la Terre, car la gravité réduite et l'absence d'atmosphère de notre satellite permettent
une mise en orbite facile et sûre.
Des expéditions humaines suivront nécessairement les missions robotisées vers Mars,
ne serait-ce que pour vérifier l'existence passée de traces de vie. Quant au
développement de colonies martiennes permanentes, il est envisageable, mais on peut
aussi imaginer de sauter cette étape, en créant des planètes artificielles. L'idée est du
physicien américain 0 'Neill, qui a étudié en détail des structures cylindriques de 30 km
de long sur 6 km de diamètre, en rotation pour recréer une pesanteur artificielle, et
pouvant abriter des millions de gens dans une biosphère de type terrestre.
Ces planètes artificielles pourraient être construites dans la ceinture d'astéroïdes, entre
les orbites de Mars et de Jupiter, où l'on trouve en abondance des matériaux faciles à
exploiter, lesquels pourront fournir de nombreux corps chimiques, y compris de
l'oxygène et de l'eau.
A plus long terme, et lorsque seront maîtrisés de façon industrielle la fabrication, le
stockage et l'utilisation d'antimatière, des modèles plus petits de ces mêmes engins
pourront quitter le Système solaire. Ils pourront atteindre le voisinage d'une autre étoile,
après un voyage de plusieurs siècles durant lesquels les générations se seront succédé
dans ces "vaisseaux-monde" (à moins que l'on ait alors maîtrisé l'hibernation humaine).
Ces migrations n'auront vraisemblablement lieu qu'après des reconnaissances menées
par des sondes automatiques ; les destinations privilégiées seraient évidemment des
systèmes où une planète abriterait une vie évoluée.
Imaginons qu'une expédition humaine s'installe dans la ceinture d'astéroïdes d'un
système où une civilisation existe, à un stade d'évolution technique très probablement
inférieur au nôtre (dans le cas contraire, il est vraisemblable que le contact aurait eu lieu
par télécommunication, ou bien que les plus avancés auraient effectué le voyage avant
nous) : par éthique, mais aussi dans l'intérêt d'une étude scientifique sérieuse, il ne sera
pas question d'intervenir au grand jour, au risque de provoquer un choc culturel fatal.
L'étude devra donc être discrète, utilisant des engins rapides et silencieux pour se
déplacer dans l'atmosphère de la planète (la propulsion MHD offre des perspectives
intéressantes dans ce domaine), et des armes non létales pour éviter les conséquences
d'une rencontre inopportune (l'effet paralysant des micro-ondes pulsées est à l'étude
dans plusieurs pays).
Lorsque la civilisation visitée aura atteint le stade du voyage dans l'espace, il deviendra
nécessaire de lui faire connaître l'existence de visiteurs. Une façon de faire, sans
traumatisme, serait de commettre des "indiscrétions calculées", qui habitueraient, peu à
peu, la population à l'idée qu'il pourrait bien y avoir des visites d'extra-planétaires.
ANNEXE 5 L'affaire Roswell - La désinformation
1) Roswell : les faits indiscutables
Nota : la parenthèse (vidéo) indique que des témoignages vidéo sont disponibles
Eté 1947 - La base de Roswell (Nouveau-Mexique) abrite les seuls bombardiers
atomiques au monde. Les bombardiers sont encore à hélices.
24 juin - Observation de neuf OVNI par l'américain Kenneth Arnold. La nouvelle sera
diffusée dans le monde entier.
8 juillet (matin), Roswell - La base communique aux radios locales une information qui
fera le tour du monde . un disque volant s'est écrasé dans un ranch et les militaires de la
base ont récupéré les débris (vidéo).
8 juillet (après-midi), Fort Worth (Texas) - Le général Ramey, commandant la 8e armée
aérienne, dont dépend la base, annonce aux journalistes, qu'après examen les débris sont
ceux d'un ballon météo. Il leur présente des débris que les journalistes photographient.
Eaffaire est enterrée pour plus de trente ans.
1978 - Le lieutenant-colonel Marcel (ER), "intelligence officer" de la base en 1947, qui
a récupéré débris, déclare à la télévision que ceux-ci étaient sûrement d'origine
extraterrestre (vidéo). Les débris que le général Ramey a montrés aux journalistes ne
sont pas ceux que Marcel lui a apportés de Roswell.
Les ufologues américains entreprennent de nombreuses enquêtes et recueillent des
affidavits (déclarations écrites sous serment et notariées) et des témoignages filmés. De
nombreux témoins déclarent que des militaires, en juillet 1947, les ont menacés de mort
s'ils parlaient (vidéo). Selon certains témoignages, a quelque distance du champ de
débris, l'armée aurait trouvé la carcasse d'une sorte de planeur spatial et des cadavres de
petits humanoïdes (vidéo).
1991 - Le général du Bose (CR), chef d'état-major du général Ramey en 1947, confirme
par affidavit que ce dernier a substitué aux débris transmis par la base de Roswell ceux
d'un ballon météo, qu'il a montrés aux journalistes.
Début 1994 - Le député Schiff (Nouveau-Mexique) demande au Department of Defence
(DoD) des éclaircissements sur l'affaire. Ne les obtenant pas, il demande au Général
Accounting Office (GAO) une enquête sur la façon dont ont été gérés, par l'Air Force
notamment, les documents relatifs au crash de Roswell.
Septembre 1994 - Le secrétariat d'Etat de l'Air Force publie un rapport sur Roswell : les
débris trouvés dans le ranch ne peuvent être ceux d'un avion ou d'un missile; ce sont
probablement ceux d'un train de ballons du projet secret Mogul. Le général Ramey,
pour protéger le secret, a fait croire à un ballon météo, dont les matériaux (enveloppe et
réflecteur radar essentiellement) sont les mêmes. Le rapport tronque les affidavits de
certains témoins pour que les débris étranges qu'ils décrivent apparaissent comme des
débris de ballon Mogul. Il ne mentionne pas la carcasse et attribue les 'témoignages de
bonne foi sur les humanoïdes au "brouillard du temps'.
juillet 1995 - Le rapport du GAO mentionne la nouvelle version de l'Air Force, et
déclare: - page 1, "Le débat sur ce qui est réellement tombé à Roswell continue. - page
2, "Tous les documents administratifs de la base pour la période mars 1945-décembre
1949 ont été détruits, et tous les messages radio envoyés par la base d'octobre 1946 à
février 1949 ont été détruits. Le bordereau de destruction ne mentionne pas quand, par
qui, et sur l'ordre de qui cette destruction a été effectuée.
L'enquête du GAO ne lui a pratiquement pas apporté de documents intéressants
concernant l'incident de Roswell, malgré ses demandes à de nombreuses institutions
(CIA, FBI, DoD, DoE, NSC ... ).
Eté et automne 1995 - Un film sur l'autopsie d'un prétendu 'cadavre humanoïde à
Roswell", en 1947, est projeté par environ trente télévisions dans le monde. Son
authenticité est douteuse, mais surtout rien dans le film ne prouve que le cadavre ait la
moindre relation avec l'incident de Roswell. L'amalgame est pourtant fait dans une
grande partie de la presse écrite et télévisée, ridiculisant ainsi l'affaire de Roswell. Les
conclusions du GAO et les vidéos des principaux témoins, présentées par TF 1, passent
inaperçues, noyées au milieu du film de l'autopsie.
1996 - Le film Independance Day et la série X-Files mentionnent fortement Roswell.
2) Opinions sur Roswell
- Des interviews, affidavits et témoignages vidéo très concordants décrivent la
découverte d'un matériau qu'on ne sait pas fabriquer de nos jours : une feuille mince
d'apparence métallique, de très grande résistance, et si élastique qu'après avoir été
froissée en boule elle reprend spontanément sa forme initiale, sans la moindre trace de
pli résiduel.
- Il semble bien que le crash se soit produit le 4 juillet, "Indépendance Day', vers 23 h
30. Ia date et le lieu symbolisent la puissance américaine, d'où la question suivante: si le
crash est bien celui d'un vaisseau extraterrestre, est-ce vraiment un accident, ou est-ce
un crash délibéré, constituant un message et/ou l'authentifiant ?
3) Roswell et la désinformation
Les disparitions d'archives et les tentatives maladroites d'explication de l'armée de l'Air
montrent que les militaires américains cachent quelque chose d'important survenu à
Roswell en juillet 1947, de même qu'ils ont caché leurs expériences sur des êtres
humains relatives aux effets du plutonium. L'hypothèse d'un vaisseau extraterrestre, qui
s'appuie sur des témoignages de qualité, ne peut être écartée.
Pour protéger le secret, les deux types principaux de désinformation, réductrice et
amplifiante, ont été mis en oeuvre dans l'affaire Roswell. Il convient toutefois de noter
que la diffusion d'informations et d'analyses contradictoires, par des urologues par
exemple, peut en être un effet induit.
La désinformation réductrice est manifeste dans le rapport de l'Air Force: les
témoignages sur les débris sont tronqués, de façon à accréditer l'hypothèse du ballon
Mogul. On la trouve aussi, plus subtile, dans Roswell in perspective, un livre de
"l'urologue" Karl Pflock, ancien de la CIA et du DoD : des affidavits, mentionnant le
matériau indéchirable et infroissable, sont intégralement cités en annexe, mais ils sont
ignorés ou cités de façon tronquée dans le texte.
En France, le sociologue Pierre Lagrange apparait comme une victime de cette
désinformation réductrice. Après s'être efforcé de faire la part des choses sur le rapport
de l'Air Force et les publications de Karl Pflock, il conclut:
"Un peu de psychologie pour finir. Pourquoi beaucoup ne croient-ils pas à la soucoupe
de Roswell comme ils croient aux ballons Mogul ou aux V2 ? Parce qu élle leur
rappelle trop la science-fiction populaire. Comme le souligne Bertrand Meheust, le
thème de 1'engin marti . en qui a 1'exquise politesse de venir s'écraser à proximité d'une
base militaire relève de l'imaginaire technologique du début du siècle, tout comme le
détail sur les matériaux ultra légers et ultra résistants qui ont servi à sa fabrication. "
(Revue Ovniprésence, février 1995)
La désinformation amplifiante s'est manifestée lors de la projection du film sur
l'autopsie de la "Créature de Roswell". En amplifiant l'affaire de Roswell par cette
autopsie spectaculaire, mais douteuse, certains ont réussi à la discréditer, et surtout à
masquer la publication du rapport du GAO et la diffusion de témoignages vidéo. Il est
tentant de croire à une manipulation bien orchestrée.
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